Axes de recherche

Programmation générale

La chaire de recherche UQTR émergence sur les imaginaires économiques propose une programmation variée, attachée aux axes qui en structurent les chantiers. Prenant la forme de cycles de conférences, de journées d’études, de publications d’articles et de livres, la diffusion de la recherche s’échelonnera sur les trois ans de la Chaire, dont les activités phare seront les suivantes :

  • Séminaire conjoint UQAM/UQTR, à l’hiver 2027 (axe 3)
  • Colloque sur le transclassement au Québec, au printemps 2027, Kingston (axe 2)
  • Cycle de conférences sur le contrat (hiver 2027-printemps 2028), Montréal/Trois-Rivières/Ottawa (axe 3)
  • Parution d’un numéro de revue sur l’imaginaire comme éthique, revue Captures (automne 2028) (axe 1)
  • Préparation d’un ouvrage collectif sur le transclassement au Québec.
  • Préparation d’une monographie sur les imaginaires économiques.
Axe 1

La dette

Les travaux de la chaire sur la figure de la dette entendent interroger « ce que s’endetter veut dire », en prenant appui sur les « régimes » de la dette pensés par l’anthropologue David Graeber. De fait, selon ce penseur, il existe trois régimes schématiques de rapport à la dette : « communaliste », « hiérarchique » et « d’échange ».

Le premier est fondé sur une obligation morale s’articulant à l’époque contemporaine sous la forme d’un échange de services, comme lorsqu’on emprunte l’échelle d’un voisin. Non comptable, il a pour axiome « chacun selon ses moyens, chacun selon ses capacités ».

Le second tient avant tout à l’essentialisation des relations : le sujet de statut supérieur aura dettes et crédit sans nécessité de remboursement, par exemple.

Le dernier régime, plus commun, est lisible de l’ardoise chez l’épicier jusqu’à la carte de crédit contemporaine. Si la dette communaliste enferme au sein d’un groupe par un réseau d’obligations (Jacques T. Godbout le théorise dans ses travaux), elle participe aussi à créer et entretenir des liens et engage les filiations (hypothèse que défend la philosophe Nathalie Sarthou-Lajus).

La dette hiérarchique, modifiant la dette selon le statut social (le patron qui paiera la note d’un repas partagé avec un employé n’attendra pas que ce dernier lui rendre la pareille) suppose des privilèges particulièrement gênants dans la modernité ; les romans de Balzac les ont bien mis de l’avant (il s’agit là de la thèse d’Alexandre Péraud), les confrontant au régime d’échange. Avec ce dernier régime, en effet, les obligations morales communautaires d’une part et l’essentialisation des positions hiérarchiques d’autre part sont remplacées par les intérêts économiques, qui hypothèquent l’avenir et emprisonnent le sujet (Mauricio Lazzaratto par de « fabrique de l’homme endetté »), mais également l’autonomisent des liens sociaux et familiaux au sein d’un pharmakon ambigu (le sociologue Jean-François Bissonnette soutient cette hypothèse).

Cet axe, financé par le programme « Relève professorale » du FRQ (2023-2026) a déjà fait l’objet de diverses publications par le titulaire : notamment sur la figure du notaire en littérature québécoise, ou encore sur le système de l’imaginaire de la dette chez Germaine Guèvremont. Une journée d’étude interdisciplinaire, Qu’est-ce que la dette (dont les conférences sont disponibles) a également été organisée en avril 2024. Afin d’organiser ce chantier, une monographie, Les trois dettes, est en cours de préparation.

Axe 2

Les classe culturelles et la mobilité sociale

Conséquence centrale de l’économie moderne, la configuration en classes sociales forme le deuxième axe de la chaire. Déjà interrogée en littérature française contemporaine, par les thèmes de la mobilité sociale et du transclassement (chez la philosophe Chantal Jaquet; ou encore dans l’ouvrage de Karine Abiven et Laélia Véron), la classe sociale est envisagée par la chaire dans les imaginaires qui ont cours au Québec, dans la mesure où la perception socioéconomique commune est distincte de celle, hiérarchisée par une reproduction stricte, scolaire et culturelle qu’on retrouve en Europe.

Au cœur des travaux du titulaire, en littérature québécoise contemporaine où il présente l’hypothèse d’une littérature comme classe sociale (Appelée à comparaître, 2021) ou encore dans la littérature québécoise avant 1960 où le conflit nature-culture prend la forme d’un conflit de classes (Quasi anthropologique, 2025), cet enjeu est ici visité à de nouveaux frais par la question du transclassement.

Au sein d’un projet financé par le programme « Développement savoir » (CRSH, 2024-2026 ; rallonge jusqu’en 2027) mené avec les chercheur·ses en études littéraires David Bélanger (UQTR), Stéphane Inkel (Queen’s U.), Martine-Emmanuelle Lapointe (U. de Montréal) et Marie-Pier Luneau (U. de Sherbrooke), la recherche au cœur de cet axe entend éclairer le transclasse québécois dans une diachronie longue. Partant de l’ébullition contemporaine des questions transclasses au Québec, la recherche vise à en expliquer la singularité et les structures sociohistoriques (1837 à nos jours). En dialogue avec des hypothèses sociologiques souvent évoquées, de la classe ethnique québécoise à la culture seconde, en s’autorisant de la théorie critique contemporaine (Axel Honneth ou encore Philippe Coulangeon), l’équipe de recherche prépare un nouvel ouvrage à huit mains, qui interrogera le corpus québécois sous cet angle.

La honte, centrale dans le récit du tranclassement contemporain, y sera présentée notamment dans la confrontation des cultures, lisibles en races au XIXe et XXe siècle, puis en conflits de codes, après les années 1950, et enfin par le truchement de la figure du « squatteur ». Ainsi, cette recherche repensera le corpus des XIXe, XXe et XXIe siècle dans une perspective d’histoire des idées et de lecture sociocritique des textes québécois.

Un séminaire (hiver 2026) à l’Université de Montréal a été l’occasion de présenter les premières hypothèses et une journée d’étude (Kingston, printemps 2027) constituera un jalon dans la préparation des chapitres.

Ces réflexions s’arrimeront également aux travaux interdisciplinaires sur les imaginaires modernes développés par le GRImM ; en effet, la place de la culture dans l’appréhension des hiérarchies sociales est au cœur des réflexions de ce groupe de recherche.

Axe 3

L’autorité du contrat

La figure de la dette constitue déjà un angle révélateur pour saisir l’influence de la sphère économique sur les relations sociales, dans la mesure où les régimes de la dette sont symptomatiques de modes d’organisation dans un groupe donné.

Les travaux classiques (ceux de Ferdinand Tönnies ou de Max Scheler, notamment) établissent une distinction entre la communauté, constituée du clan (famille, voisinage, amitiés), et la société, (qui suppose un cercle élargi et un milieu impersonnel). D’un côté domine l’obligation, dictée par une contrainte morale unissant les sujets ; et, de l’autre, le contrat, qui unit les sujets par le biais d’ententes que ces derniers doivent suivre dans leur intérêt.

La figure du contrat constitue alors un objet d’étude pertinent pour comprendre, au tournant du XIXe siècle, les nouveaux modes de relations représentés et le sentiment de dépossession que provoque, dans les récits, le triomphe de l’ordre bureaucratique et du formulaire.

Financé par le programme « Développement Savoir » (CRSH, 2026-2028) par la chercheure Léonore Brassard (UQTR) et ses cochercheures Mathilde Barraband (COLIBEX, UQTR) et David Bélanger (UQTR) ainsi que les collaborateurs en droits Pascale Dufour (U. de Montréal) et André Bélanger (U. Ottawa), ce projet développera une lecture du contrat comme mode de socialisation au XIXe siècle, conçu comme indissociable d’un imaginaire de la vente de soi qui s’accompagnera d’une réflexion sur le contractualisme contemporain (Carole Pateman ; Charles W. Mills ; Clara Serra).

Cette recherche envisage largement le « temps du contrat » dans une double acception : d’abord le XIXe siècle est pensé comme temps de systématisation des contrats, avec des figures structurantes dans l’imaginaire (Faust, Gobseck, Scrooge), et il sert à développer un cadre de lecture ; ensuite, le temps du contrat est pensé dans l’opposition à l’autorité, suivant les constats de Myriam Revault d’Allonnes (2004). Des cercles de lecture et un cycle de conférences seront mis en place dans le cadre de ce chantier.

Cet axe envisage interroger également, de façon plus spécifique, la notion d’autorité. Dans un projet avec les cochercheurs David Bélanger (UQTR) Cassie Bérard (UQAM), Léonore Brassard (UQTR), Alexis Lussier (UQAM) et Sylvano Santini (UQAM) et financé par le programme « Activité ponctuelle » du FODAR (2025-2027), une conceptualisation de l’autorité contemporaine est en cours.

En effet, si l’autorité est réputée attachée au passé (Arendt), en tant qu’antériorité comme la cause qui décide de la conséquence (Kojève), l’époque contemporaine a mis cette autorité en crise ; l’autorité, qu’on définit comme ce qui fait obéir sans contrainte ni force, n’est plus le fait d’une reconnaissance évidente, comme en attestent les travaux sur la question depuis les années 1950. Envisagée comme puissance légitimante attachée au passé des fondations, l’autorité peine, dans l’éducation, la culture, la politique mais également l’économie contemporaine, à se figurer ; le projet entend alors penser les modes de représentation de l’autorité à une époque où on accepte de plus en plus difficilement d’en accepter l’esprit.

Cette recherche a déjà donné lieu à l’organisation d’un colloque ACFAS (mai 2026) et d’un atelier au sein du CIEF (juin 2026), ainsi que de la coorganisation d’une causerie avec Tiphaine Samoyault, à Montréal (mai 2026). Les recherches se poursuivront en 2026-2027 et un séminaire conjoint UQAM-UQTR aura lieu (hiver 2027) sur la notion d’autorité, lequel se clôturera par un colloque (avril 2027).